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  • cedolindelphine

Divorcer à l'étranger

Il n’existe aucune donnée exacte sur le nombres de divorces de français expatriés. Pourtant les conséquences sur leur vie quotidienne sont lourdes. Certains français se retrouvent littéralement retenus en terre étrangère avec des enfants interdits de sortie du territoire. D’autres sont contraints de rentrer en France sans leurs enfants. D’autres encore arrivent malgré tout à trouver un accord entre deux pays. Par delà les conflits, les désaccords, parfois les haines et les rancoeurs, comment faire passer le bien des enfants en priorité ? Un accompagnement est parfois nécessaire.


Mille et une histoires…


De même que tous les divorces, les divorces internationaux peuvent se vivre de mille et une manières: il y a les divorces heureux, les douloureux, les rapides, les éprouvants, ceux qui soulagent et les séparations à l’amiable. Chaque histoire est différente. De plus, chacun vivra les événements de manière bien subjective. En ce qui concerne les divorces internationaux, s’ajoutent au fait de divorcer, certains aspects qui peuvent encore plus compliquer les choses. Quelles sont les implications pour ces familles ? C’est ce que j’aimerais évoquer ici au travers de mon expérience de maman de quatre enfants divorcée à l’étranger et aussi de coach parental.


Une consultation auprès des français vivant à l’étranger, effectuée par l’observatoire de l’expatriation en février 2020, indique que 25% des expatriations auraient pour motivation l’amour, que 44% des français de l’étranger qui vivent en couple ont un/e partenaire de nationalité étrangère et que les femmes s’expatrient plus par amour que les hommes.


Ils sont tous les deux français et ont décidé ensemble de se lancer dans la grande aventure qu’est l’expatriation… Ils sont français et l’un d’eux a obtenu un poste à l’étranger… Ils sont de nationalités différentes et ont décidé de s’installer dans son pays à lui… Il / elle s’est expatrié/e pour les études ou bien pour des raisons professionnelles et a finalement fondé une famille sur place… Ni l’un ni l’autre n’est originaire du pays où ils se sont installés… Tant d’histoires qui n’ont, dans le fond, rien d’autre en commun que le fait de divorcer à l’étranger, au moins en ce qui concerne l’un des partenaires.


On ne se sent jamais aussi français que lorsqu’on vit à l’étranger !


Le fait peut sembler ironique, surtout pour ceux qui ont quitté la France parce qu’ils avaient du mal à y trouver leur place, qu’ils ne se sentaient pas en accord avec le système, ou encore parce qu’ils aspiraient à un autre mode de vie ou de pensée. Pourtant, lorsqu’on vit à l’étranger, on se retrouve souvent ambassadeur de notre pays d’origine malgré nous. Les gens locaux nous considèrent comme français et il arrive parfois que l’on se découvre français nous-même face à des opinions ou des coutumes si différentes des nôtres. Ce sentiment est souvent amplifié par les enfants qui intègrent le système scolaire local. Le parent expatrié est considéré comme français par les enfants qui eux-mêmes se sentent seulement d’origine française.


Plus le sentiment d’être français est présent, plus les liens avec la France sont forts et plus les expatriés ont tendance à se tourner vers les instances françaises comme le consulat en cas de coup dur. Or, en cas de divorce, et ceci même si le mariage a été contracté en France uniquement, le consulat français les renvoie vers les autorités locales. Français ou non, la loi du pays où la famille est domiciliée et où les enfants sont scolarisés est celle qui prévaut. Cette situation crée parfois un sentiment d’abandon et de désarroi, surtout dans cette période si éprouvante.


Les complications dues à la situation internationale


L’éloignement géographique, les difficultés administratives, le fossé entre les systèmes judiciaires, les différences culturelles, les difficultés financières et l’absence d’aides sociales font que les enjeux d’un divorce à l’étranger sont bien plus importants que ceux d’un divorce en France.


Les couples qui divorcent à l’amiable et arrivent à se mettre d’accord malgré tout, s’évitent bien de la souffrance, minimisant ainsi les difficultés liées à la séparation.


La situation se complique très vite dans le cas inverse, entrainant des déchirements familiaux extrêmement douloureux pour tous y compris les enfants qui se retrouvent en plein milieu d’un conflit dont ils sont souvent l’enjeu. Non seulement ils vivent la déstabilisation, les angoisses et la souffrance qu’entraine la dislocation de leur famille, mais en plus de cela, ils se retrouvent parfois éloignés géographiquement d’un de leurs parents et d’une partie de leur famille, parfois même déracinés pour rentrer en France, pays où ils n’ont jamais vécu auparavant.


Dans les cas extrêmes on assiste à des “rapts parentaux”. Ces situations peuvent être très différentes les unes des autres, leur seul point commun étant souvent d’être complexes sur un plan à la fois humain et juridique. Parfois, dans un premier temps, les parents ne sont pas conscients de réaliser un enlèvement international. Parfois, la peur de perdre ses enfants entrainent les parents à des actes désespérés. Les souffrances engendrées par de telles situations sont incommensurables. Comment tourner la page et se reconstruire lorsque toute l’énergie est consacrée aux démarches administratives et autres afin de ne pas perdre son enfant ?


Lorsqu’on a suivi son partenaire par amour


Dans la majorité des cas, les français qui s’expatrient par amour ne sont pas conscients des conséquences à long terme. Ils ne peuvent pas concevoir ce que l’avenir leur réserve, ils se lancent plein d’espoir sans penser au pire, sans se rendre compte des conséquences à venir de leurs décisions. C’est au moment de la rupture que le sentiment d’être coincé loin de chez soi survient. Le sentiment de solitude est très fort lorsque l’on se retrouve sans sa famille dans un moment de sa vie si difficile.


L’éloignement augmente l’inquiétude et le sentiment d’impuissance de la famille restée en France. Combien d’expatriés en situation de divorce doivent rassurer leurs parents alors qu’eux-même auraient besoin de soutien ?


La communication est parfois difficile, entrainant le sentiment d’être jugé lorsqu’on s’entend dire par ses proches restés en France “je te l’avais bien dit!”. Il a fallu du courage pour s’installer en terre étrangère, seul/e, pour se construire une vie dans un environnement inconnu, et très souvent il a fallu aller à l’encontre des avertissements des proches, des peurs de chacun. En se lançant dans cette aventure, on a parfois l’impression de n’avoir pas le droit à l’échec, ce qui renforce le sentiment d’isolement.


Parlons finances..


Lors d’un divorce à l’étranger, l’indépendance financière de chacun est encore plus significative. La solution de se réfugier quelques temps chez ses parents le temps de se retourner ne fait pas partie des options. Les aides financières du pays d’accueil sont souvent extrêmement faibles voire inexistantes.


Je vais parler ici de ce qui concerne en général les femmes, puisqu’elles sont plus nombreuses à s’expatrier pour suivre leur partenaire et qu’elles sont bien plus nombreuses encore à arrêter de travailler pour élever les enfants. Cependant cela est aussi valable pour les hommes qui auraient fait ces choix. Ces mamans qui élèvent leurs enfants à plein temps n’ont aucun revenu en cas de divorce. Plus elles se retrouvent démunies au moment de la séparation et plus le sentiment de rancoeur est difficile à surpasser.


Les difficultés financières sont une entrave à la reconstruction émotionnelle, à l’apaisement psychologique, à l’acceptation de la nouvelle situation et donc à la capacité de résilience. La France apporte une aide sociale comme il en existe très peu ailleurs, ce qui contribue au désir de rentrer en France pour les femmes divorcées de l’étranger. Il est très humiliant de se retrouver sans revenus à l’âge de 40 ans, avec très peu d’expérience professionnelle et sans aucune reconnaissance de l’investissement fait durant les années de mariage. Le choix d’une mère au foyer a été fait par les deux partenaires, c’est le choix d’un fonctionnement familial, or en cas de divorce, c’est celui des deux partenaires sans emploi qui en paye les pots. Très souvent, la femme a arrêté son activité professionnelle après la naissance des enfants, en accord avec le père, pour qui cette situation était aussi souhaitable. Le système de crèche gratuite tel qu’il existe en France n’existe pas à l’étranger, les gardes d’enfants coutent chères. Comme les salaires des femmes sont plus faibles que ceux des hommes, comme une femme au foyer est plus acceptable dans nos sociétés qu’un homme au foyer, c’est le schéma que suivent de nombreux couples. Cet arrangement fonctionne tant que le couple fonctionne. Mais en cas de divorce, cela crée un ressentiment énorme dû à la dépendance financière et à l’inégalité des deux situations professionnelles.


Le supplice d’être dépendant/e de l’autre


Outre la dépendance financière, existe une autre dépendance puisqu’il faut l’accord du conjoint pour que les enfants puissent rendre visite à la famille en France. En cas de divorce à l’étranger, le statut du parent français peut changer du tout au tout s’il n’a pas acquis la citoyenneté et même alors, selon les usages du pays. Au Japon par exemple, l’autorité parentale partagée n’est pas reconnue hors mariage, et en grande majorité c’est la mère qui bénéficie des droits sur l’enfant. A l’inverse, en Egypte, c’est le père qui bénéficie automatiquement de l’autorité parentale et de la garde des enfants. Ces usages culturellement si éloignés de nos coutumes créent une grande souffrance pour les français qui y sont soumis. Certains parents se retrouvent alors dans des situations aberrantes vécues comme humiliantes tant la dépendance face à l’autre parent est importante. La souffrance psychologique, émotionnelle et la sensation d’injustice qui en découle empêchent alors le parent d’avoir une relation saine et stable avec ses propres enfants.


La place des femmes et des hommes dans les sociétés d’aujourd’hui ont des implications sur les choix faits par chacun: par exemple, les pères s’autorisent plus à rentrer en France sans leurs enfants, dans le cas où cela leur permet de mieux gagner leur vie. Les femmes se l’autorisent bien moins et la minorité d’entre elles qui font ce choix subissent, en plus de la souffrance de vivre loin de leurs enfants, le jugement de la société qui leur renvoie une image coupable.


Il est évident que la pandémie a entraîné un éloignement familial prolongé désastreux pour de nombreuses familles internationales et a accru les conflits parentaux.


Et les enfant dans tout ça ?


Comment être capable d’aider et de soutenir les enfants alors que les parents sont eux-mêmes submergés d’angoisses et de difficultés matérielles et émotionnelles ? C’est bien difficile et il est vivement conseillé de se faire accompagner par un/e professionnel/le. Plus le parent est en souffrance et moins il est capable de mettre les intérêts de l’enfant en avant. Ce n’est pas le divorce en lui-même qui est le plus néfaste pour les enfants mais le fait d’être instrumentalisé et impliqué dans les difficultés des parents qui n’arrivent pas à se mettre d’accord et à se respecter l’un l’autre. L’accompagnement professionnel donne un soutien émotionnel aux parents afin qu’ils puissent eux-mêmes soutenir leurs enfants.


Lorsque les parents n’arrivent pas à se mettre d’accord, lorsqu’ils ont recours aux avocats et entament des procédures juridiques, les enfants sont souvent interdits de sortie du territoire jusqu’à la décision émise par le juge. Cela peut prendre jusqu’à plusieurs années et cette situation est très douloureuse pour les familles. Certains parents se retrouvent à s’endetter, à dépenser toute leur énergie dans une lutte pour la garde des enfants. Les systèmes juridiques et les avocats poussent les parents à se battre l’un contre l’autre au lieu d’apaiser la situation dans l’intérêt des enfants. Combien de parents ont entamé des démarches de divorce auprès d’un avocat et se sont fait embarquer dans un combat aussi éreintant psychologiquement que financièrement et dans lequel les enfants sont toujours les grands perdants ?!


Lorsqu’elles ont des enfants en commun, deux personnes sont liées à vie. Leur comportement l’un envers l’autre a un impact sur les enfants et façonne la vision que ceux-ci auront du monde. Lors d’un divorce, les enfants apprennent comment gérer un conflit : ce que pensent, disent et font les parents leur apportent des outils d’apprentissage et ils intègrent ainsi des valeurs.


Afin d’être capable de considérer l’intérêt des enfants, il est important que les parents soient dans l’acceptation de la nouvelle situation. Or, il arrive que le sentiment d’injustice et l’instabilité vécue soient si forts qu’ils empêchent le parent de prendre en compte les besoins de l’enfant. C’est ce travail que je propose, en tant que coach parental.


Se faire accompagner


De nombreux divorces internationaux se font par l’intermédiaire d’un avocat médiateur qui guide les parents sur le plan juridique. Comme tout évènement douloureux, il peut être salutaire de se faire accompagner également au niveau émotionnel pour mettre en place les étapes de la reconstruction personnelle. “Avoir le courage d’accepter toute les choses que je ne peux pas changer, avoir le courage de changer tout ce que je peux changer et avoir la sagesse de discerner l’un de l’autre”. Cette phrase résume le travail qui peut être accompli lors d’un coaching parental.

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